Macron-Le Pen : la stratégie du kamikaze

J’ai eu hier le plaisir effrayant d’être invité dans trois médias audiovisuels. Un taxi est venu me chercher à 6h pour participer à la matinale de France Info, puis j’ai répondu aux questions d’un journaliste de M6 pour un reportage, et je suis retourné à Radio France à 13h pour répondre aux questions d’Alain Passerelle au journal de 13h de France Inter. Une journée dont tu ressors la tête creuse, trop fatigué pour faire quoi que ce soit de productif dans le restant d’après-midi. Le quart d’heure wharolien.

Le débat de second tour avait lieu le soir même, les journalistes cherchent des spécialistes pour parler du sujet. En tombant sur mon interview au Monde,  ils ont vu que j’ai fait aux PUG un bouquin sur les débats TV. Un peu de boulot en amont pour replonger dans le sujet, et éviter les banalités d’usage sur « l’importance de ce rendez-vous politique » sur lequel, en plus, je n'ai pas travaillé ! Moi, j'avais bossé sur "Mots Croisé", la petite émission de seconde partie de soirée qui s'est arrêtée en 2014.Donc : quoi dire ?







J’ai proposé que le rendez-vous de ce soir opposerait quelqu’un qui avait tout à gagner (Marine Le Pen, l’outsider, qui se grandirait en endossant en toute sérénité les habits présidentiels), et quelqu’un qui avait tout à y perdre (Emmanuel Macron, jeune énarque élevé en rempart, à qui il ne manquerait plus que cette « majesté de débatteur » pour se montrer à la hauteur de ses prédécesseurs). Et qu’en même temps, ce septième duel de second tour avait entre autre points exceptionnels qu’il venait clore une campagne électorale marquée au sceau de « l’anti-système » : comment l’habit du monarque se porte-t-il au milieu d’une jacquerie ? Bon, vous avez vu le résultat. Ou pas, puisque l
e débat de mercredi a réalisé le plus petit score enregistré par un débat d’entre deux tours. On attendait l'émergence d'un monarque, on a vu deux chiffonniers saouls se crier dessus à nous rendre sourds.

Dans ce débat d’hier, celui qui avait tout à perdre a probablement beaucoup perdu. Le Pen lui a aboyé dessus, sans qu’il parvienne vraiment à la faire taire. Et elle a montré à des millions de téléspectateurs qu’on pouvait le secouer tant qu’on voulait, jusqu’à ce qu’il s'énerve, et qu'il lui sorte des bulles du nez. Ce matin, avant d’aller faire cours, j’ai écouté d’une oreille Macron interviewé par Patrick Cohen sur Inter. Il avait l’air sonné. Les jolis mots qu’il emploie tout le temps sonnaient creux. Il a déçu, on commence à douter de lui, il n'en revient pas. Cela n’a pas dû lui arriver souvent.


Ce matin, mes étudiants – et surtout ceux socialisés par leur famille à des valeurs de droite – me faisaient remarquer quelque chose auquel beaucoup d’électeurs conservateurs sont à mon avis très sensibles : Macron n’a pas l’étoffe d’un chef. S’il n’a pas pu s’imposer face à Le Pen, Poutine le cassera d’un coup de dent. Il reculera devant les manifs, les catastrophes naturelles, ce n’est pas le président qui les préservera de l'incertitude.


Quant à Le Pen, elle a raté aussi. En torpillant le débat, elle s'est interdit de profiter de sa part de majesté. Qu’a-t-elle ainsi gagné à tuer le match ? Eh bien ça, déjà. L’adversaire déconfit. Et puis la joie peut-être, pour cette héritière d’une tradition anti-républicaine, d’avoir bousillé ce cérémonial de la cinquième. Comment appelle-t-on cette stratégie où l’on perd en torpillant l’opposant ?

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